A propos…

Vendanges romaines

Le 22 janvier 2004, voici donc 15 ans cette année, plus de deux cents personnes venues du Languedoc-Roussillon, gravissaient joyeusement les innombrables marches de la place d’Espagne à Rome qui conduisent, tout en haut, au fameux monastère de la Trinité-des-Monts, troisième lieu le plus visité de la Ville Eternelle, après le Vatican et le Colisée.

Cette journée inoubliable était, comme par hasard, celle du XVIIème centenaire du martyre de saint Vincent Saragosse, patron des Vignerons.

Le terme de cette démarche était l’aboutissement d’un projet ourdi depuis plusieurs mois, à l’ombre du CIVL à Narbonne, où l’on posait la question de savoir comment on pourrait saisir l’occasion de célébrer l’anniversaire de saint Vincent avec plus de solennité que de coutume, et de façon marquante, si possible…

Le professeur Jacques Michaud, président de la Commission Archéologique de Narbonne et son ami de longue date, Mgr Patrick Descourtieux, alors recteur de la Trinité-des-Monts trouvèrent l’inspiration à partir du récit historique de ce lieu vénérable romain, d’où l’on peut jouir de la plus belle des vues de Rome ! La colline du Pincio, en plein cœur de la Ville a toujours été l’un des lieux les plus appréciés des Romains autant que des visiteurs. (non est in tota laetior urbe locus, gravait-on sur le marbre *)

Dans l’antiquité, le Pincio était appelé Collis hortulorum** (Plutarque). On y voyait notamment les jardins du fameux Lucullus, le plus fameux des gourmets de l’antiquité romaine, et dont le nom évoque encore de nos jours le raffinement de la table. Sa villa existe toujours et en bon état de conservation, à l’aplomb du réfectoire de la Trinité-des-Monts. Tout à côté de ce monastère se trouve la Villa Médicis qui occuperait l’emplacement de la villa du sénateur romain Pincius qui a donné son nom à la colline !

Le 30 aout 1483, la mort de Louis XI marque le début d’une longue période de relation entre la colline du Pincio et le royaume de France. Le roi qui craignait la mort s’était attaché à saint François de Paule, fondateur de l’ordre des Minimes « se mettant à genoux devant luy, afin qu’il lui pleust faire allonger sa vie… » dès lors, les rois Charles VIII puis François premier et leurs successeurs prirent le nouvel ordre sous leur protection et le comblèrent de leurs libéralités.

C’est en 1482 que fut envisagée la création d’un monastère de l’ordre en pleine expansion sur la belle colline du Pincio en plein cœur de Rome. Le roi Charles VIII, par fidélité au souvenir de son père, finança alors le premier achat d’un grand terrain cédé par les frères vénitiens Daniel et Louis Barbaro. Le roi lui-même, présent à Rome sur le chemin du royaume de Naples à la fin de l’année 1494, veilla aux travaux de construction d’un monastère et suggéra le patronage de la Trinité sur le lieu. Bien d’autres acquisitions de terrains allaient suivre peu à peu, entraînant la disparition du vignoble qui s’y trouvait, au fur et à mesure des nouvelles constructions.

C’est en 1499, que Louis XII charge le cardinal Guillaume Briçonnet, archevêque de Narbonne d’entreprendre la construction d’un édifice conséquent sur la colline, en même temps qu’il multipliait les libéralités vis-à-vis des Minimes.

En 1502, le cardinal Briçonnet entreprend la construction de la nouvelle église de la Trinité qu’il souhaite être un reflet de la France à Rome. Cet édifice fut donc de style gothique « more gothico ».

Mais surtout, le cardinal fit venir à grands frais des pierres de taille en provenance de Narbonne, pour le transport desquelles il paya deux mille écus d’or de sa bourse ! Les verrières de l’église furent commandées au français Guillaume de Marcillat  (l’une des verrières portait l’effigie des saints Just et Pasteur, patrons de la cathédrale de Narbonne et celles des trois saints évêques de Narbonne : Paul, Rustique et Théodard. Le cardinal Briçonnet s’était fait représenter à genoux au pied des saints. Les verrières furent fabriquées Narbonne et « transportées à Rome sans dommage »

Depuis lors, l’église de la Trinité des Monts comporte la trace de l’inspiration, voire des œuvres des plus remarquables artistes qui composent le génie romain depuis le XVIème s. : Michel-Ange, Jacques Jordan, Angelo Maino, Raphael d’Urbino, Pierino del Vaga, Jules Romain, des élèves du Perugin, Sebastiano del Piombo, etc. Tout cela fait de cette église « l’un des plus prestigieux sanctuaires d’art de la Ville éternelle » !

Les noms des plus grandes familles romaines apparaissent, tout au long de l’histoire, comme liés à cette église en tant que protecteurs, mécènes ou patrons, ce qui fait de ce lieu un véritable réceptacle de la romanité et de sa civilisation… (Orsini, Massimo, Borghèse, Pamfili, Colonna, la Rovere etc…) Sans compter les innombrables interventions des papes…

Le dimanche 9 juillet 1595, c’est encore un archevêque de Narbonne qui procède à la dédicace de l’église de la Trinité- des- Monts, assisté, notamment, des évêques de Toul, Grasse, Lavaur, Asti, Cassano…

C’est en considération de ce magnifique passé qu’allait s’imposer l’idée audacieuse  d’aller à Rome planter une nouvelle vigne à l’emplacement de  celle des frères Barbaro arrachée au XVIème siècle.

En souvenir du cardinal Briçonnet, archevêque de Narbonne et des liens si forts avec notre région, il fut donc envisagé que cette vigne serait celle de toute notre région Languedoc-Roussillon, « fille de Rome », sur la colline du Pincio !

L’opération fut décidée sous l’égide de la profession viticole concernée au premier chef : C.I.V.L, alors présidé par Yves Barsalou et C.I.V.R. présidé par Bernard de Roquette. Bernard Devic venait d’’accéder aux fonctions de direction du CIVL. (Conseils interprofessionnels des vins du Roussillon et du Languedoc)

Le Conseil Régional, sous la présidence de Jacques Blanc, assisté de Jean-Pierre Vanriyskenvelde, la Ville de Narbonne, la Ville de Perpignan, annoncèrent leur aide efficace.

Un appel fut lancé afin que soient fournis les quelque 75 plants de la future vigne, représentatifs dans leur variété, de ceux utilisés en Languedoc-Roussillon.

Des négociations furent engagées avec l’ambassade de France près le Saint-Siège, tutrice du site de la Trinité-des-Monts, et avec la Communauté des religieuses  de la Société du Sacré-Cœur qui occupaient les lieux.

Le jour venu, plus de deux-cents personnes convergeaient vers Rome : vignerons, membres des organisations viticoles, professeurs des facultés de Droit et de Pharmacie, confréries de toute la région, particuliers passionnés par cette aventure, journalistes…

Au matin du 22 janvier, jour de la saint Vincent, les participants assistaient à l’audience hebdomadaire du pape Jean-Paul II au Vatican. Au cours de l’après-midi, eut lieu la plantation de la vigne dans les jardins de la Trinité-des-Monts sous la présidence de l’ambassadeur de France Pierre Morel et de son collègue D. Carlos Abella ambassadeur d’Espagne (St Vicent était espagnol). Étaient présents le Maire de Narbonne, le maire de Grosseto, une délégation des Villes de Montpellier et Perpignan, des représentants du St Siège, de la Ville de Rome…

Après les allocutions, les vignerons s’attaquèrent à la plantation de la vigne tandis que se produisait l’Orchestre Régional Languedoc- Roussillon, sous un soleil radieux. La vigne fut ensuite bénie selon un rituel très ancien par Mgr. Despierre, évêque de Carcassonne.

La foule se transporta ensuite dans l’église de la Trinité où la messe pontificale de la fête de Saint Vincent fut présidée par le cardinal Tauran(†), membre éminent de la Curie Romaine et  alors chargé des affaires internationales de l’Eglise. Les chants polyphoniques étaient interprétés par la Capella Ludovicea de la Trinité-des-Monts et les chants grégoriens propres à la fête de St Vincent, par l’ensemble Occitania Sacra.

Depuis lors, la vigne a poussé, et chaque année au cours du mois de septembre, se déroule, depuis plusieurs années une vendange sympathique où viennent nos confréries et diverses personnalités issues de notre région, avec un accueil distingué par l’ambassade de France et le St. Siège.

De plus, les vignerons du Languedoc-Rousillon ont étendu géographiquement leur rayonnement jusqu’à l’autre versant du Pincio : La Villa Médicis.

Lors de la réception offerte par l’ambassadeur Philippe Zeller à la villa Bonaparte à l’issue des vendanges de 2017, Madame Muriel Mayette-Holtz, alors directrice de la Villa Médicis, venue en voisine, nous a exprimé son souhait de nous voir organiser une vigne dans les jardins de la villa (Académie de France à Rome).

Après plusieurs discussions, il est apparu qu’il serait idéal de reconstituer sur place, dans les jardins en question, la vigne qui s’y trouvait depuis le début du XVII° siècle, et dont les plants étaient reproduits à cette époque sur une fresque près de la villa. Les études des spécialistes ont permis d’identifier ces plans pour la plupart toscans. Il s’agissait ainsi d’en retrouver de nos jours. Grâce à l’aide de Monsieur Joël Castany, des vignerons de Leucate ont pu en découvrir en Italie du sud toujours reproduits et cultivés.*** Nos vignerons les ont achetés en nombre suffisant et nous les avons offerts pour que la vigne en question puisse être reconstituée à l’identique. L’année prochaine, la vendange pourra se poursuivre dans ce très haut- lieu de la culture française à Rome qu’est la Villa Médicis…

En retour, avec la Commission Archéologique de Narbonne, nous avons invité Madame Mayette à venir dans notre ville pour y donner une conférence. Au cours de son séjour a été planté dans les jardins « à l’italienne » de l’abbaye de Fontfroide un cyprès provenant  des jardins de  la Villa Médicis : nouveau lien symbolique entre nos deux pays !

Enfin, l’heure approche de l’ouverture du grand musée international « Narbo Via » à Narbonne, porté par la Région depuis le regretté Georges Frêche. Destiné à rappeler les gloires de l’antique capitale des Gaules, ce musée comportera une forte évocation de la vigne antique, la plus ancienne de la Gaule, et des échanges méditerranéens. Les mêmes plans de vigne que celle de la villa Médicis seront plantés autour du bâtiment du musée (architecte Norman Foster) avec quelques plants romains…

Un lien devrait être créé avec le Musée de la Vigne et du Vin établi au domaine de Pech-Rouge, près de Gruissan.

Tout ce qui précède indique bien la force de notre lien avec Rome, sa civilisation et la Méditerranée.

C’est à bon droit que le monde de la viticulture peut et doit bénéficier d’une si grande aura culturelle.

En tout premier lieu, il serait certainement bon qu’une sorte de Comité de patronage soit institué sur les deux vignes du Pincio à Rome, constitué par les présidents des interprofessions viticoles. Madame Carole Delga, présidente de notre Région, accepterait avec plaisir d’assumer une présidence honorifique de ce comité… Ceci serait surtout destiné au prestige de notre viticulture du sud. Certes, nos échanges sur ce plan avec l’Italie n’en seraient pas augmentés, mais l’éminente dignité de nos racines est un atout porteur fondé sur l’authenticité. Il n’y a là aucune subvention à fournir, si ce n’est une présence à Rome lors des vendanges et peut-être la taille annuelle des 75 plants de vigne…Un vin symbolique pourrait être extrait de ces deux vignes, voire des plants du musée de Narbonne. On peut comprendre le lien fort qui se manifestera entre culture et viticulture dans un tel contexte.

Jacques MICHAUD.

 

Notes : * Dans toute la ville, il n’est pas de lieu plus agréable.

** La colline aux petits jardins.

*** plants retrouvés pour la Villa Médicis :

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Les cépages demandés étaient les suivants :

>>> 54 plants de SANGIOVESE

>>> 27 plants de CANAIOLO

>>> 33 plants  de CILLEGIOLO

 

Cérémonial

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D’abord le grand maître déclare :
1) « Noble assemblée, en ce jour du …………..nous plaçant sous les auspices favorables de Dyonisos, dieu de la vigne et du vin, j’invite notre Chancelière à frapper les sept coups rituels marquant solonellement l’ouverture du ……ème   chapitre de notre auguste confrérie le Consulat de Septimanie. »

2) « Que notre massier aille à présent quérir l’impétrant qui va comparaître devant nous. »
L’impétrant prend alors place a coté du consul qui va le parainer et qui le présente alors à l’ensemble des consuls.  Lorsque le ou les impétrants on tous été présentés aux consuls le grand maître proclame:

3) « Après avoir pris connaissance de vos mérites et qualités respectives vous êtes jugés aptes à subir à présent l’épreuve de la libation. »

Le grand échanson leur fait alors goûter le vin de notre terroir, fruit du soleil et du labeur des vignerons. Lorsque le ou les impétrants on bu, le grand maître déclare  :

4) « Noble assemblée devant vous ces impétrants viennent de faire publiquement honneur à ce divin nectar, ce qui les rend dignes de franchir l’ultime étape leur permettant de rejoindre nos rangs.

La prestation de serment.

Le grand maître leur fait alors lecture du serment du consulat, à lissue de laquelle les impétrants concluent par : Je le jure..  !

S’en suivent ensuite l’adoubement,la remise des lettres patentes et des médailles. Le grand maître demande alors à la chancelière de frapper les sept coups rituels qui vont marquer la clôture du chapitre.

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Le Consulat de Septimanie

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Aujourd’hui aphotos 2u service du Pays Narbonnais et de l’ensemble de la région, le Consulat de Septimanie a pour objet de servir le prestige et de diffuser la renommée historique des vins de l’ancienne Narbonnaise, première dénommée par la suite Septimanie et dont Narbonne est la capitale. Le but sera atteint notamment par l’organisation ou la participation à toutes les fêtes, réunions, dégustations, voyages, expositions, publicités ou toute autre manifestation ou activité pouvant servir la cause du Vignoble régional tant en France que dans le Monde entier.
Une des plus ancienne confrérie du Languedoc, le Consulat de Septimanie renait en 1963  avec pour mission de promouvoir les vins de la Région de Narbonne, et plus particulièrement les productions des Vignobles de la Clape, du Quatourze et des Côteaux de Narbonne. Le costume des consuls est chargé d’histoire. C’est la réplique exacte de celui porté au XVIIème siécle. Robe de drap rouge et noir, avec un grand col blanc et barrette noire. La médaille est portée en sautoir par un grand ruban rouge. Elle représente sur fond de gueule et entourée des armes de Narbonne, un coq enserrant entre ses griffes une grappe de raisin.

Les dignitaires portent les titres de Grand Maître, Maîtres Consuls, Garde du Sceau, Grand Argentier, Chambellan, Maître Echansons, Massier, Porte-étendard, Grande Ecuyère et Epistolier.

Georges Savarin de Marestan
Grand Maître du Consulat de Septimanie

L’histoire:
Les Consuls de Narbonne, dès le XIIème siècle, apparaissent dans l’histoire en tant que délégués à la fois du « peuple » et des « seigneurs ». Avec deux consulats, celui de Bourg et celui de la Cité. Ils constituaient « l’exécutif collégial » de la Ville.

En 1338, l’union des deux assemblées fut accordée par Philippe V, et confirmée par Louis XI en 1470. Le Consulat fait partie intégrante de l’Histoire de Narbonne jusqu’à la Révolution.

C’est en 1963, que le Consulat de Septimanie est créé sous la forme d’une Association de type Loi 1901 par Henri BOUCHOUS, alors Président de la Chambre de Commerce de Narbonne. Ainsi renaît le Corp des consuls avec pour mission de promouvoir les vins de la Région de Narbonne. Dans les siècles passés, ce Vin, si recherché, ne pouvait être vendu qu’à ceux qui le méritaient, ainsi que le montre la lettre de Philippe IV le Bel, du 11 mai 1292, rappelant aux Consuls du Bourg et de la Cité qu’ils avaient « la faculté de porter et vendre leurs vins, pourvu que ce ne soit pas aux ennemis du royaume »

Les grands Maîtres successifs:
1er Grand Maître : Henri BOUCHOUS de 1963 à 1973
2ème Grand Maître : Jean-Marie HERPE de 1973 à 1986
3ème Grand Maître : Michel LEUCK de 1986 à 2003
4ème Grand Maître : Georges SAVARIN de MARESTAN depuis 2003